Homélie pour Michel

Homélie du père Jean-Claude BRUNETTI pour les funérailles du père Michel NICOLAS le 26
décembre 2016 :
Comme il en fut aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il lors de la venue du Fils de l’homme. En
ces jours-là, avant le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari,
jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’à ce que
survienne le déluge qui les a tous engloutis : telle sera aussi la venue du Fils de l’homme. Alors
deux hommes seront aux champs : l’un sera pris, l’autre laissé. Deux femmes seront au
moulin en train de moudre : l’une sera prise, l’autre laissée. Veillez donc, car vous ne savez
pas quel jour votre Seigneur vient. Comprenez-le bien : si le maître de maison avait su à
quelle heure de la nuit le voleur viendrait, il aurait veillé et n’aurait pas laissé percer le mur
de sa maison. Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que
le Fils de l’homme viendra.
Quand il est entré dans le temps de l'Avent, quand il a commenté cet évangile le 27 novembre
dernier, premier dimanche de l'Avent, Michel ne se doutait pas que la mort allait précipiter sa
rencontre avec le Fils de l'homme...
Nous commentons volontiers cette parole, nous les prêtres « Veillez car vous ne savez pas à quel
jour le Seigneur vient, comme un voleur... Parmi deux hommes qui travaillent au champ l'un est
pris l'autre laissé... » Nous la commentons honnêtement je pense, mais tant que notre santé ne nous
a pas donné des motifs de nous alarmer nous avons du mal à imaginer que nous pouvons être l'un
des deux hommes qui sera pris...
Les façons de penser ont beaucoup évolué en quelques décennies nos grands-parents demandaient
dans leur prière d'éviter la mort subite, aujourd'hui quand nous apprenons que quelqu'un est mort
subitement, après un moment de stupéfaction, le temps de recevoir cette nouvelle, d'en assimiler la
nouveauté nous réagissons souvent en disant, oh bien, finalement, il a fait une belle mort, au moins
il n'a pas trainé, il n'a pas souffert... et on ajoute souvent : je voudrais bien mourir comme ça, mais
pas tout de suite, je ne suis pas pressé, le plus tard possible...
Sérieusement est-ce que nous croyons qu'à travers ce genre de réaction, que je confesse avoir
pratiqué au moins en partie, est-ce que nous croyons que nous donnons à ceux qui nous écoutent et
en particulier à ceux qui ne connaissent pas l'évangile un témoignage de l'espérance qui est en nous
qui devrait être en nous... ?
La mort ça n'est quand même pas pour nous l'achèvement de la vie derrière laquelle nous avons le
vague espoir d'une survie, d'une prolongation de vie mais dont nous ne savons pas grand-chose... La
mort, notre mort c'est le moment où enfin nous sortirons du clair-obscur de la foi pour contempler
Dieu, notre Seigneur en pleine lumière, pour faire pleinement, concrètement l'expérience de sa
présence. Faire une telle expérience, vivre une telle rencontre ça ne se fait pas au débotté, ça se
prépare. Pour aller voir le moindre notable de ce monde on se met sur son 31, on remet des rendezvous,
on se rend disponible... et on pourrait se présenter devant Dieu tout crotté, ah tiens tu étais là,
Seigneur, c'était donc vrai ce qu'on nous racontait...
Je sais bien, je crois, qu'il est miséricordieux, mais il ne faudrait quand même pas exagérer...
Une telle rencontre se prépare, toute notre vie se doit d'être préparation à la rencontre, mais, avoir le
temps de régler quelques conflits idiots que nous avons laissé s'enkyster dans notre vie, le temps de
se débarrasser de biens importants qui pourraient être occasion de disputes et de jalousie parmi les
héritiers (soyons réalistes), avoir le temps de leur dire qu'on les aime et qu'on leur demande de
s'aimer, pouvoir témoigner que même si nous avons un peu peur devant l'inconnu de la mort, notre
certitude dans l'accueil miséricordieux de notre Dieu est bien plus grande, avoir le temps de faire
cela c'est une belle grâce et c'est pour cette raison que nos grand parents demandaient de ne pas
mourir subitement...
Mais nous ne décidons pas du moment... c'est pourquoi il faut veiller à être prêt et rejeter de notre
langage et de notre façon de vivre, cette idiotie du « le plus tard possible »... Quand le Seigneur
voudra !
Finalement la mort de Michel c'est sa dernière catéchèse. Elle nous rappelle que si nous voulons
mériter le titre de disciple de Jésus, il nous faut vivre de telle façon que nous puissions le rencontrer
à n'importe quel moment sans être empêtré dans un tas d'affaires que nous aurions négligé de mettre
en ordre...
Et le voilà maintenant en sa présence. Quelles que soient ses qualités, bien évidemment, il ne se
présente pas devant Jésus avec l'assurance de celui qui vient réclamer son auréole ! Même si
certains se croient autorisés de réclamer au moment de la sépulture d'un ami très cher qu'il soit
proclamé saint subito, même s'il y a une certaine tradition à ce sujet qui nous a valu, par exemple, la
présence de saint Charlemagne dans quelques calendriers, la liturgie qui est maitresse de prière nous
rappelle dans la prière eucharistique 4 que Dieu seul connait la foi de ceux qui se présentent devant
lui...
Je ne veux donc pas m'immiscer dans la rencontre que Michel est en train de vivre avec le Seigneur,
mais comment accompagner un frère dans ce passage essentiel sans penser à celui que je serai
appelé à vivre bientôt : Je ne cherche pas à me représenter comment les choses se passeront, mais je
crois que cette rencontre aura lieu et qu'elle sera, bien évidemment, un moment indicible de joie :
Enfin voir celui que j'ai cherché à connaitre à travers la prière, que j'ai cherché à écouter à travers
l'étude de sa Parole... quel émerveillement... et puis en même temps, en Le découvrant en vérité, en
découvrant avec quelle fidélité, avec quelle délicatesse il m'a aimé, accompagné tout au cours de ma
vie, je ne pourrais pas ne pas prendre conscience de toutes mes infidélités, de la pauvreté, je dirai
même de toute la vulgarité de ma foi... Tant d'écart entre son amour et le mien, un abime... de quoi
en perdre coeur, vraiment, si comme l'écrit saint Jean dans sa première épître Dieu n'était pas plus
grand que notre coeur, s'il ne nous prenait pas dans sa tendresse...
C'est ce que je crois pour Michel, je crois qu'il est dans cette miséricordieuse tendresse de Dieu,
qu'il y retrouve ceux qui l'ont précédé, son papa, ses amis et le père Chevrier qui a redynamisé de
son enseignement les dernières années de son ministère... et qu'avec eux il prie désormais pour
l'Eglise, pour notre diocèse, afin que dans ces moments où les structures d'évangélisation qui étaient
mises en place semble fragilisées nous sachions bien tenir l'essentiel : notre relation à Jésus, c'est lui
qui mène la barque, c'est lui qui veut que son amour soit connu de toute l'humanité : Notre boulot à
nous c'est de le connaître pour donner autour de nous l'envie de le connaître. Connaitre Jésus
Christ pas seulement avec notre tête, mais avec notre coeur, notre volonté, toute nos énergies.
Connaître Jésus c'est tout ! Sous la plume du père Chevrier ça veut dire que c'est l'objectif, le trésor
que nous devons chercher et donc qu'il n'y a rien de plus important : Connaitre Jésus C'est TOUT,
c'est tout !
Garde moi, mon Dieu : j'ai fait de toi mon refuge.
J'ai dit au Seigneur : « Tu es mon Dieu ! Je n'ai pas d'autre bonheur que toi. »
Toutes les idoles du pays, ces dieux que j'aimais, ne cessent d'étendre leurs ravages, et l'on se
rue à leur suite.
Je n'irai pas leur offrir le sang des sacrifices ; leur nom ne viendra pas sur mes lèvres !
Seigneur, mon partage et ma coupe : de toi dépend mon sort.
La part qui me revient fait mes délices ; j'ai même le plus bel héritage !
Je bénis le Seigneur qui me conseille : même la nuit mon coeur m'avertit.
Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ; il est à ma droite : je suis inébranlable.
Mon coeur exulte, mon âme est en fête, ma chair elle-même repose en confiance : tu ne peux
m'abandonner à la mort ni laisser ton ami voir la corruption.
Tu m'apprends le chemin de la vie : devant ta face, débordement de joie ! A ta droite, éternité
de délices !